Communiqué 2018 (01) – Urgence Alindao, urgence Centrafrique : mobilisons nous !

Réuni à Paris le samedi 24 novembre 2018, le collectif CITOYENS DEBOUT ET SOLIDAIRES CENTRAFRIQUE (CDS-CA) a fait le point suivant de la situation nationale, avec un accent particulier mis sur les récentes tueries d’Alindao :

Le 15 novembre 2018, la ville d’Alindao enregistrait une attaque de l’UPC d’Ali Darassa contre le camp des réfugiés et personnes déplacées de l’Evêché (site de l’Evêché). Bilan Plus de 100 tués, par balles, couteaux ou brulés vifs, dont deux prêtres, l’Abbé Blaise MADA, vicaire général du diocèse et l’Abbé Célestin NGOUMBANGO, curé de Kongbo, et plus de 20.000 personnes déplacées. La Cathédrale et les locaux de l’Eglise catholique ont par ailleurs été incendiés. Des massacres ont eu lieu aussi dans d’autres villes et villages de la Basse Kotto, tels que Kongbo et Mingala. A l’heure actuelle toute la Basse-Kotto, et même au-delà, est à la merci des mercenaires et milices armées de l’UPC. 

Ces exactions ne sont pas isolées. Elles sont à ajouter à la longue liste d’exactions des groupes armés dont, en particulier, ceux de l’UPC dans toute la Région n° 6 depuis plus d’un an, avec une concentration particulière dans la Basse-Kotto, d’Alindao à Mobaye et à Kembé en passant par Kongbo, et de Mingala à Satéma. Et ce depuis que le QG de l’UPC a été transféré par le Gouvernement et la MINUSCA de la Ouaka (Bambari) à la Basse Kotto, précisément à Gbokorobo. 

Ces exactions dépassent le seul périmètre de la Région n° 6. A l’heure actuelle, subissent le même sort des compatriotes de la Ouaka, notamment à Bambari, de l’Ouham Pendé, notamment à Batangafo, de la Mambéré Kadéi, notamment à Gbambia, etc.

En ce qui concerne les massacres du 15 novembre 2018 à Alindao et environs, il convient de noter par ailleurs, principalement :

  • Que cette date coïncide curieusement avec celles du report, au Conseil de sécurité, de l’adoption de la Résolution fixant mandat de la MINUSCA pour un an et avec une intervention du Président soudanais Omar El Béchir critiquant ceux qui chercheraient à nuire aux initiatives de paix conduites par son pays (voir une publication de Clotaire Saulet Surungba) ;
  • Que les attaques de l’UPC dans la Basse-Kotto étaient prévisibles pour tous compte tenu des vidéos publiées par les membres mêmes de l’UPC faisant état d’une mobilisation particulière, des objectifs à atteindre et des itinéraires que les renforts comptaient prendre pour arriver en Basse-Kotto, spécialement à Alindao.
  • Que c’est une certitude aujourd’hui, confirmée par le Premier ministre S.M. Sarandji devant l’Assemblée Nationale, que les autorités de l’Etat avaient été informées en temps utile de l’attaque en préparation, de même que la MINUSCA ; certitude aussi qu’aucun élément des FACA n’a été dépêché sur place, ni aucun renfort de la MINUSCA en temps utile ; 
  • Que les personnels de toutes les ONG intervenant à Alindao ont été évacués sur Bangui ; 
  • Que lors de l’attaque d’Alindao, les 40 hommes du contingent de la MINUSCA, n’ont rien fait pour protéger les populations civiles visées (voir à ce propos le témoignage de Mgr AGUIRRE, Evêque de Bangassou) ; 
  • Qu’après l’attaque, la réaction des autorités gouvernementales a été : dans un premier temps une intervention du porte-parole KAZAGUI très neutre et mettant en doute certains éléments telle que la mort de l’Abbé Mada ; puis le silence ; puis, enfin, le 20 novembre la publication d’un décret décidant un deuil national pour les victimes des tueries d’Alindao.
  • Qu’une interpellation du Gouvernement par l’Assemblée Nationale a eu lieu ce 21 novembre sur les tueries d’Alindao et environs ; on note au sortir de cette interpellation : une absence d’engagement fort et pertinent des élus de la Basse-Kotto ; l’absence d’information claire sur les mesures précises prises par le Gouvernement, le premier ministre s’étant limité à fustiger la MINUSCA et la France, l’absence de mesures concrètes prises pour éviter que le même drame se reproduise dans l’avenir.
  • Que ce 19 novembre, le Cardinal Nzapalainga s’est rendu avec une délégation à Alindao, où il a pris la mesure du drame avec Mgr Yapaupa et les quelques religieux qui ont choisi de rester sur place, et où il s’est entretenu avec le commandement de l’UPC, sans que l’on connaisse encore le contenu de ces échanges ; noter que le Cardinal a été bloqué à Alindao par des attaques ciblées et répétées sur l’Evêché ; il a pu regagner Bangui hier 23 novembre.
  • Que néanmoins, depuis ce 22 novembre (hier), les personnes déplacées commencent à revenir dans la ville, sur le site de l’Evêché.
  • Que ce 23 novembre, les Députés ont publié une interpellation ; à noter que l’interpellation est adressée aux membres du Conseil de sécurité, demandant la levée totale de l’embargo sur les armes, le renouvellement sans condition du mandat de la MINUSCA et exprimant l’appui à l’initiative africaine de paix ; à noter cependant que ce document n’en appelle nullement à ce que le Gouvernement, responsable en premier de la protection de nos populations, prenne les mesures que lui permettent les moyens dont il dispose d’ores et déjà.

Face à cette situation, le collectif CITOYENS DEBOUT ET SOLIDAIRES CENTRAFRIQUE a décidé :

  • De procéder à une collecte de fonds pour contribuer à l’aide humanitaire d’urgence ;
  • D’interpeler le Conseil de sécurité sur la responsabilité de la MINUSCA et le Gouvernement centrafricain sur sa propre responsabilité ;
  • D’engager les procédures juridiques et judiciaires appropriées pour que justice soit rendue aux victimes ;
  • De créer, sur internet, un espace mémoriel dédié aux villes et villages martyrs de Centrafrique ainsi qu’aux victimes innocentes des massacres répétitifs ;
  • De se réunir rapidement pour décider d’actions durables dans nos territoires. 

CITOYENS DEBOUT ET SOLIDAIRES – CENTRAFRIQUE (CDS-CA)

*Je suis solidaire : je contribue à la collecte de fonds.

**Lire le compte rendu de la réunion du 24 novembre 2018.