CDS-CA écrit aux plus hautes Autorités centrafricaines : Protégez la population civile.

Lors de sa réunion du 24 novembre 2018, Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) avait pris la décision d’interpeler les autorités et institutions chargées de la protection de la population civile en République Centrafricaine. La première des lettres d’interpellation a été adressée au Conseil de sécurité de l’ONU le 13 décembre. C’est maintenant, ce 22 décembre, le tour de la lettre adressée aux trois premières institutions constitutionnelles de RCA, à savoir le Président de la République, le Président de l’Assemblée Nationale et le Premier Ministre. Le lecteur trouvera cette lettre ci-après.

Chaque vie centrafricaine est précieuse quels que soient le lieu, la condition, la fortune ; et chaque citoyen a un droit légitime à réclamer, de ceux qui administrent la nation, sa protection et celle de chacun, ainsi qu’une égale protection pour tous.


LA LETTRE…

Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique 

À l’attention de 

Son Excellence Monsieur le Président de la République Centrafricaine, M. Faustin Archange TOUADÉRA

Très Honorable Président de l’Assemblée Nationale, El Hadj Moussa NGON BABA,

Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, Mathieu Simplice SARANDJI. 

Le 21 décembre 2018

Objet : Protection de la population civile sur toute l’étendue du territoire de la République Centrafricaine.

Excellence, Monsieur le Président de la République Centrafricaine, Chef de l’Etat, Chef des Armées et Premier Magistrat de Centrafrique,

Très Honorable Président de l’Assemblée Nationale, 

Excellence, Monsieur le Premier Ministre, 

Chaque vie centrafricaine est précieuse quels que soient le lieu, la condition, la fortune ; et chaque citoyen a un droit légitime à réclamer, de ceux qui administrent la nation, sa protection et celle de chacun, ainsi qu’une égale protection pour tous.

C’est pourquoi nous, citoyens centrafricains réunis dans la plateforme « Citoyens Debout et solidaires – Centrafrique » (CDS-CA), vous saisissons, en vos qualités de plus Hautes Autorités de l’Etat centrafricain, sur le sort des populations civiles que vous avez le devoir et la responsabilité de protéger.

Cette responsabilité, vous avez accepté de l’assumer en briguant le suffrage des Centrafricains ou en acceptant votre nomination aux fonctions de Premier Ministre. 

Cette responsabilité, vous vous êtes engagés devant le peuple à l’assumer. 

Président de la République, vous avez « devant Dieu et devant la Nation », fait le serment, notamment, « d’observer scrupuleusement la Constitution, de garantir l’indépendance et la pérennité de la République, de sauvegarder l’intégrité du territoire, de préserver la paix, de consolider l’unité nationale, d’assurer l’unité du peuple centrafricain, et de n’être guidé en tout que par l’intérêt national et la dignité du peuple centrafricain ».Précisant ce qu’impliquait, à vos yeux, ce serment voulu par notre Constitution du 30 mars 2016, vous avez pris, à votre entrée en fonction, l’engagement suivant : « La priorité des priorités à la sortie de ces élections est la sécurité durable et la défense du territoire national. La sécurité est une exigence républicaine, c’est la première des libertés. J’y répondrai avec fermeté. Tout sera mis en œuvre pour que les Centrafricains vivent en paix et en sécurité sur l’ensemble du territoire national » (Discours d’investiture, 31 mars 2016).  

Premier Ministre, vous avez, à la formation de votre premier Gouvernement, déclaré que « le rétablissement de la sécurité, l’instauration de la paix et la cohésion sociale sur l’ensemble du territoire constituaient un impératif et la priorité des priorités »et vous vous êtes, en conséquence, engagé à « réduire sans condition l’insécurité »(Discours de politique générale devant l’Assemblée Nationale, 7 juin 2016).

Président de l’Assemblée Nationale, vous êtes comptable de ce que la collectivité des Députés, dès son installation, a déclaré la sécurité du peuple centrafricain préoccupation majeure de la Représentation Nationale après le retour à l’ordre constitutionnel et a résolu de contribuer, par le plein exercice de ses pouvoirs constitutionnels, « à la stabilité des nouvelles institutions républicaines, à la restauration de la sécurité, de la paix durable et à la cohésion sociale »(Recommandations de l’Assemblée Nationale du 1erjuillet 2016 à l’issue de la Session extraordinaire, dite Session d’urgence nationale, consacrée à la sécurité). 

Cette responsabilité quant à la sécurité du peuple centrafricain, elle est, vous le savez bien, la vôtre avant tout, la Communauté internationale, à travers notamment la MINUSCA, n’ayant vocation qu’à appuyer vos efforts en étant guidée par vos orientations.

Nous n’ignorons pas que vous, Président de la République, avec le concours du Premier Ministre et du Gouvernement, avez mis en œuvre un certain nombre de mesures visant à rendre effectif le désarmement, ainsi que la restauration des forces de sécurité et de défense nationale, tels que les programmes DDRR, RSS et RN. Nous n’ignorons pas non plus les efforts que vous faites pour une sortie de crise par le dialogue. Enfin, nous sommes conscients des contraintes que vous impose l’embargo sur les armes à destination de notre pays, décidé et maintenu jusqu’à présent par le Conseil de sécurité de l’ONU, raison pour laquelle nous avons précédemment adressé au Conseil de Sécurité de l’ONU une lettre d’interpellation lui demandant de prendre toutes ses responsabilités quant à la protection de la population civile sur le territoire de notre pays. 

Dans ce contexte, nous relevons néanmoins, avec satisfaction et en tant que résultats positifs, la formation d’ores et déjà de plusieurs milliers d’éléments des FACA et des FSI, prêts à être déployés ; les livraisons d’armes, par la Russie et la France notamment, qui viennent ajouter à l’arsenal hérité de la Transition ; les dotations en véhicules et autres matériels militaires par la France (Sangaris), par la Russie, par la Chine et par les Etats-Unis d’Amérique ; l’adoption d’une loi de programmation militaire pour la période 2019-2023.

Pour autant, un constat s’impose : l’insécurité est plus que jamais la réalité première des Centrafricains, avec son cortège d’ignobles massacres et de razzias, de personnes et de familles déracinées, forcées d’errer dans nos brousses et forêts comme des bêtes ou de chercher refuge à l’étranger. 

Entre fin mars 2016 et aujourd’hui, les groupes armés, forces négatives et criminelles, se sont multipliés, passant de quatorze (14) à dix-huit (18), en même temps que les zones sous leur emprise se sont étendues, passant d’environ 60% du territoire national à plus de 80%.

Au 31 mars 2016, nous comptions nos morts par centaines, les victimes du conflit par milliers, 481.559 Centrafricains réfugiés dans les pays voisins et 421.283 déplacés internes. Aujourd’hui, nous continuons de compter nos morts par centaines, les victimes par millions, 576.884 Centrafricains réfugiés dans les pays voisins et 636.489 déplacés internes.[1]

Ces derniers mois les attaques des groupes armés contre la population civile, notamment à Batangafo, à Alindao, à Bambari, à Kongbo, à Gbambia, à Koui, pour ne citer que ces villes, se sont soldées par plusieurs centaines de personnes tuées, des dizaines de milliers de personnes déplacées, et plus d’une dizaine de sites et de villages pillés et rasés, le plus souvent par le feu.

Bref, la situation qui prévalait au moment du rétablissement de l’ordre constitutionnel en 2016 s’est considérablement et négativement dégradée, au vu et au su de tous et sans émouvoir personne.

Plus encore, la population de nos provinces est abandonnée à elle-même, à la merci des forces négatives et criminelles, dont des bandes de mercenaires étrangers, comme l’ont montré les derniers évènements qu’a connu notre pays. 

Le scénario macabre est à chaque fois sensiblement le même : un groupe armé annonce ses objectifs plusieurs jours, voire plusieurs semaines à l’avance, ou effectue des préparatifs militaires de renforcement de ses capacités sur la zone qu’il envisage d’attaquer, dont par exemple l’acheminement de renforts à travers le pays, et ceci sans qu’aucune mesure de dissuasion ne soit prise par vous à travers les forces dont vous disposez et dont vous avez le commandement (alerte précoce, patrouilles robustes). Le jour choisi par le groupe armé, l’attaque est menée, avec pour cible principale un site de personnes déplacées, généralement installé par et auprès des missions catholiques ou évangéliques, et dont on sait qu’il héberge des populations chassées de leurs domiciles et de leurs terres par des attaques précédentes, populations civiles démunies de tout et en situation de précarité absolue ; des attaques qui, à chaque fois, sont d’une violence et d’une bestialité sans pareille : sites brulés et pillés, personnes de tous âges abattues, égorgées ou brulées vives, des rescapés traumatisés errant dans les brousses et forêts, exposés aux dangers que peut représenter la nature pour des individus déjà particulièrement vulnérables. 

Ni avant, ni au moment de ces attaques, les FACA ou les Forces de sécurité intérieure (FSI) ne sont déployées ou n’interviennent sur le terrain. A cela s’ajoute le fait qu’aucune autorité nationale n’est jamais dépêchée sur les lieux en temps utile après les attaques et qu’aucune action nationale sérieuse de secours aux populations ainsi frappées par le malheur n’est entreprise. 

Parallèlement à cela, nous observons avec une vive préoccupation qu’en même temps que des poursuites sont engagées contre des responsables Anti-Balaka pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour des faits antérieurs au retour à l’ordre constitutionnel, le gouvernement affiche ostensiblement, par les insistantes pressions en faveur du processus de Khartoum et par l’accélération précipitée du processus de DDRR, sa volonté de dialogue et de collaboration avec les groupes de la Séléka qui, pourtant, sont ceux qui continuent à agresser et à massacrer nos paisibles concitoyens.

La situation ainsi décrite est celle d’une population privée, dans sa très grande majorité et dans une même mesure de la protection que lui doit l’Etat et de la compassion des autorités qu’elle a choisies pour conduire sa destinée, c’est-à-dire pour la sortir de la crise et l’engager sur la voie du progrès économique et social. Elle traduit aussi un manquement sérieux et manifeste à l’article 1erde notre Constitution du 30 mars 2016 qui, proclamant que « la personne humaine est sacrée et inviolable »,énonce que « tous les agents de la puissance publique ont l’obligation absolue de la respecter et de la protéger ».

Nous considérons aussi que la situation décrite ci-dessus est de nature à entraîner une perte de confiance dans nos institutions publiques, à créer la désespérance et à faire naître chez nos concitoyens la tentation de l’autoprotection, tous réflexes qui ne peuvent qu’entraver le nécessaire rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue des 623.000 km2 du territoire de la République Centrafricaine. 

C’est pourquoi, par la présente lettre, nous vous appelons, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale et Monsieur le Premier Ministre, usant de tous les pouvoirs que vous confère la Constitution et agissant solidairement, à prendre de manière urgente et déterminée les mesures qui s’imposent ; des mesures qui visent, d’une part, à informer la Nation des éléments concrets de votre politique de sécurité, aussi bien au plan intérieur qu’extérieur, et, d’autre part, à assurer concrètement la sécurité de la population là où des menaces se présentent et où des attaques sont perpétrées. 

C’est dans cet esprit que nous, citoyens centrafricains réunis dans la plateforme dénommée « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », demandons à ce que soient prises les mesures suivantes, sans préjudice d’autres mesures que vous jugeriez utile d’adopter ou d’actions que vous estimeriez nécessaire d’entreprendre :

Informer la Nation, si nécessaire à travers ses Représentants et sans mettre en cause la confidentialité des données liées à la sécurité nationale, sur :

  • Les actions entreprises en vue de doter la RCA d’une capacité de défense propre, en ce compris les démarches entreprises auprès des partenaires du pays et du Conseil de sécurité, persuadés que nous sommes qu’un soutien franc, déterminé et réellement utile ne peut être espéré que de la part de citoyens convaincus par l’information, et non par la manipulation, de la détermination de leur Gouvernement ;  
  • Un état des lieux concret et quantifié de la répartition des groupes armés sur tout le territoire ;
  • Les mesures militaires concrètes et de sécurité prises lors des attaques qui ont été perpétrées jusqu’à présent, notamment et tout dernièrement à Alindao ou à Batangafo, qu’il s’agisse des mesures touchant au déploiement des FACA/FSI ou des demandes d’intervention de la MINUSCA ;
  • Des mesures prises pour faire la lumière et pour que justice passe sur les massacres évoqués précédemment ;

Prévenir les attaques contre la population civile

  • En mettant en place des dispositifs d’alerte précoce sur toute l’étendue du territoire;
  • En déployant les FACA et les FSI d’ores et déjà formés dans les différentes Préfectures, priorité étant donnée à celles où le risque d’atteinte à la vie des personnes est le plus élevé ; 
  • En coordonnant rigoureusement l’action des FACA et de la MINUSCA ; 
  • En évacuant les populations civiles des zones à haut risque notoire ;
  • En coordonnant la protection des frontières nationales avec les Etats voisins.

Protéger la population civile des attaques,

Secourir les populations éprouvées, en mettant en place :

  • Un fonds d’aide d’urgence pour assister les populations des zones attaquées et subvenir aux besoins élémentaires des personnes déplacées ;
  • Tous autres dispositifs d’assistance humanitaire.

Organiser dans les meilleurs délais la sortie de crise :

  • En convoquant à bref délai, sur le territoire national, le dialogue de sortie de crise prévu sous l’égide de l’Union africaine, les forces politiques du pays et la société civile, en ce compris des représentants des victimes, étant compris parmi les parties audit dialogue ;
  • En s’attelant d’urgence au désarmement et la démobilisation des groupes armés ;
  • En opérationnalisant dans les meilleurs délais la Commission Justice, Vérité, Réconciliation et Réparation.

Adapter la gouvernance aux impératifs de la sécurité des Centrafricains,

  • En sortant le pouvoir de Bangui pour le déployer sur toute l’étendue du territoire ;
  • En mettant en œuvre concrètement le principe de responsabilité politique, qui implique que tout dirigeant qui a manqué gravement à son devoir de protection du peuple centrafricain soit démis de ses fonctions et que tout Gouvernement incapable d’assurer de manière efficace cette protection soit révoqué par le Chef de l’Etat ou censuré par l’Assemblée Nationale, le tout conformément à la Constitution et dans le respect de ses dispositions.

Nous, « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », considérons l’adoption de ces mesures comme nécessaire au rétablissement de la confiance des Centrafricains dans leurs autorités et dans leur gouvernance et, par conséquent, à l’amorce d’une marche véritable vers la paix, le développement de notre pays, la République Centrafricaine, et l’épanouissement du Peuple Centrafricain. .

Dans l’attente de votre réponse et des suites que vous voudrez bien donner à la présente lettre, et en espérant vivement que vous aurez à cœur de rendre concrètes les mesures ici préconisées, nous vous prions, Excellence Monsieur le Président de la République, Très Honorable Président de l’Assemblée Nationale, Excellence Monsieur le Premier ministre, d’agréer l’expression de notre très haute considération.

Pour Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA)

Le Président, 

Jean-François AKANDJI-KOMBE

cdsca236@gmail.com


[1]Source UNHCR

Chaque vie centrafricaine est précieuse quels que soient le lieu, la condition, la fortune ; et chaque citoyen a un droit légitime à réclamer, de ceux qui administrent la nation, sa protection et celle de chacun, ainsi qu’une égale protection pour tous.