DEBOUT

MOBILISATION GÉNÉRALE

CENTRAFRIQUE 

CITOYENS DEBOUT ET SOLIDAIRES

Il existe sur notre planète commune, une terre, écrin de nature généreuse, mais que des hommes ont décidé de transformer en enfer depuis bientôt 4 ans.

Il existe sur notre planète une terre sur laquelle des hommes abattent sur d’autres hommes, chaque jour, volontairement, et sans rien craindre, la désolation et le malheur depuis près de quatre ans.

Une terre où on pourchasse, on violente, on viole, on fusille, on égorge, on décapite, on étripe, on éviscère, on brule d’autres êtres humains, tous les jours et aujourd’hui encore, sur toute l’étendue des 623.000km2 que représente cette terre, dans des villes et villages qui ont pour nom Kaga-Bandoro, Bambari, Alindao, Mobaye, Bangassou, Obo, Rafaï, Zémio, Ippy, Bria, Niem-Yéléwa, Ndélé, Paoua, Bocaranga, Koui, Ndomété, Kouango, Tagbalé, et j’en passe ; dans des régions, toutes les Régions, du Mbomou au Haut Mbomou, de la Vakaga au Bamingui Bangoran, de la Basse-Kotto à la Haute-Kotto, de la Ouaka à la Kémo, du Bamingui Bangoran à la Nana Grébizi, de l’Ouham à l’Ouham-Pendé, de la Nana Mambéré à la Mambéré Kadéi, de l’Ombela Mpoko à la Sangha Mbaéré en passant par la Lobaye.

Il existe sur notre planète une terre où la vie ordinaire n’est pas d’aller à l’école, de jouer aux jeux d’enfants, d’aller aux champs, aux pâturages, au bureau, à l’usine, de vaquer à toute autre occupation qui épanouit et nourrit dignement ;

Une terre où la vie ordinaire est plutôt la peur, la fuite permanente et l’exil ; une terre qui ressemble à un vaste champ de réfugiés et personnes déplacées, allant de brousse en forêt, vivant au milieu des bêtes sauvages, à longueur de semaines, à longueur d’années.

Bref, il existe sur cette planète une terre où l’humanité est bafouée absolument, où des êtres humains sont, chaque jour, moins bien traités que des bêtes.

Cette terre meurtrie, imbibée de sang et de souffrances, cette terre nichée au cœur de l’Afrique, je l’ai en partage avec 5 millions d’êtres humains. Elle se nomme République centrafricaine.

Elle a besoin de chacun de vous, de chacun de nous tous, nous tous ses filles et ses fils, de l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud, nous tous, citoyens du monde, pour qui l’atteinte à la vie et la dignité de chaque être humain est une atteinte à notre commune humanité.

Voilà pourquoi, moi, Jean-François Akandji-Kombé, enfant de la Basse-Kotto, d’Alindao à Mobaye et Kémbé en passant par PAVICA, Gboula Akandji, Bokoula, Kongbo, Langadi, Zangba et Dimbi, enfant de Centrafrique par conséquent, et citoyen d’un monde que je refuse de laisser aux prédateurs ; c’est pourquoi donc j’ai décidé de prendre la parole aujourd’hui.

Prendre la parole pour lancer un appel général, pour lancer un appel à la mobilisation générale : aidons nous et aidez nous à rester debout !

Appel d’abord aux enfants de la Basse-Kotto où qu’ils se trouvent, appel ensuite à tous les Centrafricains, appel enfin aux femmes et aux hommes de bonne volonté de par le monde.

Je le répète, aidons-nous et aidez nous à rester debout !

D’ores et déjà, quelques natifs de la Basse-Kotto, dont Pierre-Claver Ngoileye, Laurent Gandola, Joseph Ndéma, Kévin Azouima, Léon Wangago, et moi-même, nous avons décidé de constituer une plate-forme d’action concrète et immédiate pour venir au secours de nos concitoyens de cette Région, aujourd’hui particulièrement éprouvée. Une réunion prévue pour ce samedi 13 mai, en Région parisienne, permettra certainement d’élargir le cercle.

Pourvoir à l’essentiel : sel, sucre, pétrole, café, lait, un peu de nourriture, des habits décents, de quoi soigner les affections les plus fréquentes, etc. Voilà les priorités. Apporter aussi, sur le terrain, un réconfort aux survivants.

Pour cela, un fonds est ouvert, que nous vous invitons à alimenter à la mesure de vos moyens. Vos contributions en nature, de toute nature, seront aussi les bienvenues, mais leur acheminement nécessiteune organisation préalable.

Dans les jours qui viennent, sur place à Bangui, je prendrai contact pour la plateforme avec les autorités religieuses pour étudier ensemble les moyens d’acheminement vers les populations du produit de votre générosité et de votre engagement.

Dans la foulée, nous organiserons à Bangui une réunion des natifs de la Basse Kotto afin de fédérer les énergies

Outre cela, la plateforme a décidé d’entamer, à travers l’Afrique et le monde une campagne de plaidoyer pour les populations et pour les Victimes.

Pour la suite, parce qu’il y aura bien une suite, c’est avec les populations elles-mêmes que nous entendons définir les priorités, qui iront de l’aide d’urgence à la réorganisation citoyenne, en passant par la prise en charge des besoins essentiels en matière de santé, d’éducation, de culture, en matière d’activités rémunératrices, mais aussi en matière de justice et de réparation.

Mais il me faut vous le dire, chers compatriotes de la Basse-Kotto, nous ne sommes pas seuls. Nous sommes composantes d’un pays et d’une Nation qui s’appelle la République centrafricaine. D’autres populations d’autres Régions avant nous, et d’autres en même temps que nous subissent notre sort.

C’est ensemble que nous devons sortir de cet enfer. Ce n’est qu’ensemble que nous pouvons réussir.

C’est pourquoi, je lance, au nom de la plateforme, un appel à tous les centrafricains, pour que nous nous organisions, entre citoyens, Régions par Régions, mais au sein d’une organisation commune, dont il nous appartiendra de définir les contours. Autant de groupes d’action concrète et immédiate que de Régions en Centrafrique ; unis dans la solidarité du malheur, mais pour mieux construire ensemble des lendemains de bonheur pour nos enfants et pour nous mêmes.

A vous, maintenant, mes sœurs et frères en humanité, d’Afrique, d’Europe, d’Amérique, d’Asie et de l’Océanie. Nous avons besoin de votre soutien, de vos énergies positives, non pas en tant que membres d’un parti, d’un gouvernement, d’une institution. Nous avons besoin de vous comme citoyens du monde, convaincus de notre interdépendance, et déterminés à œuvrer à un monde meilleur.

Nous réussirons, ensemble ! Le Centrafrique vivra, la République se relèvera !

Jean-François Akandji-Kombé