Lors de sa réunion du 24 novembre 2018, Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) avait pris la décision d’interpeler les autorités et institutions chargées de la protection de la population civile en République Centrafricaine. La première des lettres d’interpellation a été adressée au Conseil de sécurité de l’ONU le 13 décembre. C’est maintenant, ce 22 décembre, le tour de la lettre adressée aux trois premières institutions constitutionnelles de RCA, à savoir le Président de la République, le Président de l’Assemblée Nationale et le Premier Ministre. Le lecteur trouvera cette lettre ci-après.

Chaque vie centrafricaine est précieuse quels que soient le lieu, la condition, la fortune ; et chaque citoyen a un droit légitime à réclamer, de ceux qui administrent la nation, sa protection et celle de chacun, ainsi qu’une égale protection pour tous.


LA LETTRE…

Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique 

À l’attention de 

Son Excellence Monsieur le Président de la République Centrafricaine, M. Faustin Archange TOUADÉRA

Très Honorable Président de l’Assemblée Nationale, El Hadj Moussa NGON BABA,

Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, Mathieu Simplice SARANDJI. 

Le 21 décembre 2018

Objet : Protection de la population civile sur toute l’étendue du territoire de la République Centrafricaine.

Excellence, Monsieur le Président de la République Centrafricaine, Chef de l’Etat, Chef des Armées et Premier Magistrat de Centrafrique,

Très Honorable Président de l’Assemblée Nationale, 

Excellence, Monsieur le Premier Ministre, 

Chaque vie centrafricaine est précieuse quels que soient le lieu, la condition, la fortune ; et chaque citoyen a un droit légitime à réclamer, de ceux qui administrent la nation, sa protection et celle de chacun, ainsi qu’une égale protection pour tous.

C’est pourquoi nous, citoyens centrafricains réunis dans la plateforme « Citoyens Debout et solidaires – Centrafrique » (CDS-CA), vous saisissons, en vos qualités de plus Hautes Autorités de l’Etat centrafricain, sur le sort des populations civiles que vous avez le devoir et la responsabilité de protéger.

Cette responsabilité, vous avez accepté de l’assumer en briguant le suffrage des Centrafricains ou en acceptant votre nomination aux fonctions de Premier Ministre. 

Cette responsabilité, vous vous êtes engagés devant le peuple à l’assumer. 

Président de la République, vous avez « devant Dieu et devant la Nation », fait le serment, notamment, « d’observer scrupuleusement la Constitution, de garantir l’indépendance et la pérennité de la République, de sauvegarder l’intégrité du territoire, de préserver la paix, de consolider l’unité nationale, d’assurer l’unité du peuple centrafricain, et de n’être guidé en tout que par l’intérêt national et la dignité du peuple centrafricain ».Précisant ce qu’impliquait, à vos yeux, ce serment voulu par notre Constitution du 30 mars 2016, vous avez pris, à votre entrée en fonction, l’engagement suivant : « La priorité des priorités à la sortie de ces élections est la sécurité durable et la défense du territoire national. La sécurité est une exigence républicaine, c’est la première des libertés. J’y répondrai avec fermeté. Tout sera mis en œuvre pour que les Centrafricains vivent en paix et en sécurité sur l’ensemble du territoire national » (Discours d’investiture, 31 mars 2016).  

Premier Ministre, vous avez, à la formation de votre premier Gouvernement, déclaré que « le rétablissement de la sécurité, l’instauration de la paix et la cohésion sociale sur l’ensemble du territoire constituaient un impératif et la priorité des priorités »et vous vous êtes, en conséquence, engagé à « réduire sans condition l’insécurité »(Discours de politique générale devant l’Assemblée Nationale, 7 juin 2016).

Président de l’Assemblée Nationale, vous êtes comptable de ce que la collectivité des Députés, dès son installation, a déclaré la sécurité du peuple centrafricain préoccupation majeure de la Représentation Nationale après le retour à l’ordre constitutionnel et a résolu de contribuer, par le plein exercice de ses pouvoirs constitutionnels, « à la stabilité des nouvelles institutions républicaines, à la restauration de la sécurité, de la paix durable et à la cohésion sociale »(Recommandations de l’Assemblée Nationale du 1erjuillet 2016 à l’issue de la Session extraordinaire, dite Session d’urgence nationale, consacrée à la sécurité). 

Cette responsabilité quant à la sécurité du peuple centrafricain, elle est, vous le savez bien, la vôtre avant tout, la Communauté internationale, à travers notamment la MINUSCA, n’ayant vocation qu’à appuyer vos efforts en étant guidée par vos orientations.

Nous n’ignorons pas que vous, Président de la République, avec le concours du Premier Ministre et du Gouvernement, avez mis en œuvre un certain nombre de mesures visant à rendre effectif le désarmement, ainsi que la restauration des forces de sécurité et de défense nationale, tels que les programmes DDRR, RSS et RN. Nous n’ignorons pas non plus les efforts que vous faites pour une sortie de crise par le dialogue. Enfin, nous sommes conscients des contraintes que vous impose l’embargo sur les armes à destination de notre pays, décidé et maintenu jusqu’à présent par le Conseil de sécurité de l’ONU, raison pour laquelle nous avons précédemment adressé au Conseil de Sécurité de l’ONU une lettre d’interpellation lui demandant de prendre toutes ses responsabilités quant à la protection de la population civile sur le territoire de notre pays. 

Dans ce contexte, nous relevons néanmoins, avec satisfaction et en tant que résultats positifs, la formation d’ores et déjà de plusieurs milliers d’éléments des FACA et des FSI, prêts à être déployés ; les livraisons d’armes, par la Russie et la France notamment, qui viennent ajouter à l’arsenal hérité de la Transition ; les dotations en véhicules et autres matériels militaires par la France (Sangaris), par la Russie, par la Chine et par les Etats-Unis d’Amérique ; l’adoption d’une loi de programmation militaire pour la période 2019-2023.

Pour autant, un constat s’impose : l’insécurité est plus que jamais la réalité première des Centrafricains, avec son cortège d’ignobles massacres et de razzias, de personnes et de familles déracinées, forcées d’errer dans nos brousses et forêts comme des bêtes ou de chercher refuge à l’étranger. 

Entre fin mars 2016 et aujourd’hui, les groupes armés, forces négatives et criminelles, se sont multipliés, passant de quatorze (14) à dix-huit (18), en même temps que les zones sous leur emprise se sont étendues, passant d’environ 60% du territoire national à plus de 80%.

Au 31 mars 2016, nous comptions nos morts par centaines, les victimes du conflit par milliers, 481.559 Centrafricains réfugiés dans les pays voisins et 421.283 déplacés internes. Aujourd’hui, nous continuons de compter nos morts par centaines, les victimes par millions, 576.884 Centrafricains réfugiés dans les pays voisins et 636.489 déplacés internes.[1]

Ces derniers mois les attaques des groupes armés contre la population civile, notamment à Batangafo, à Alindao, à Bambari, à Kongbo, à Gbambia, à Koui, pour ne citer que ces villes, se sont soldées par plusieurs centaines de personnes tuées, des dizaines de milliers de personnes déplacées, et plus d’une dizaine de sites et de villages pillés et rasés, le plus souvent par le feu.

Bref, la situation qui prévalait au moment du rétablissement de l’ordre constitutionnel en 2016 s’est considérablement et négativement dégradée, au vu et au su de tous et sans émouvoir personne.

Plus encore, la population de nos provinces est abandonnée à elle-même, à la merci des forces négatives et criminelles, dont des bandes de mercenaires étrangers, comme l’ont montré les derniers évènements qu’a connu notre pays. 

Le scénario macabre est à chaque fois sensiblement le même : un groupe armé annonce ses objectifs plusieurs jours, voire plusieurs semaines à l’avance, ou effectue des préparatifs militaires de renforcement de ses capacités sur la zone qu’il envisage d’attaquer, dont par exemple l’acheminement de renforts à travers le pays, et ceci sans qu’aucune mesure de dissuasion ne soit prise par vous à travers les forces dont vous disposez et dont vous avez le commandement (alerte précoce, patrouilles robustes). Le jour choisi par le groupe armé, l’attaque est menée, avec pour cible principale un site de personnes déplacées, généralement installé par et auprès des missions catholiques ou évangéliques, et dont on sait qu’il héberge des populations chassées de leurs domiciles et de leurs terres par des attaques précédentes, populations civiles démunies de tout et en situation de précarité absolue ; des attaques qui, à chaque fois, sont d’une violence et d’une bestialité sans pareille : sites brulés et pillés, personnes de tous âges abattues, égorgées ou brulées vives, des rescapés traumatisés errant dans les brousses et forêts, exposés aux dangers que peut représenter la nature pour des individus déjà particulièrement vulnérables. 

Ni avant, ni au moment de ces attaques, les FACA ou les Forces de sécurité intérieure (FSI) ne sont déployées ou n’interviennent sur le terrain. A cela s’ajoute le fait qu’aucune autorité nationale n’est jamais dépêchée sur les lieux en temps utile après les attaques et qu’aucune action nationale sérieuse de secours aux populations ainsi frappées par le malheur n’est entreprise. 

Parallèlement à cela, nous observons avec une vive préoccupation qu’en même temps que des poursuites sont engagées contre des responsables Anti-Balaka pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour des faits antérieurs au retour à l’ordre constitutionnel, le gouvernement affiche ostensiblement, par les insistantes pressions en faveur du processus de Khartoum et par l’accélération précipitée du processus de DDRR, sa volonté de dialogue et de collaboration avec les groupes de la Séléka qui, pourtant, sont ceux qui continuent à agresser et à massacrer nos paisibles concitoyens.

La situation ainsi décrite est celle d’une population privée, dans sa très grande majorité et dans une même mesure de la protection que lui doit l’Etat et de la compassion des autorités qu’elle a choisies pour conduire sa destinée, c’est-à-dire pour la sortir de la crise et l’engager sur la voie du progrès économique et social. Elle traduit aussi un manquement sérieux et manifeste à l’article 1erde notre Constitution du 30 mars 2016 qui, proclamant que « la personne humaine est sacrée et inviolable »,énonce que « tous les agents de la puissance publique ont l’obligation absolue de la respecter et de la protéger ».

Nous considérons aussi que la situation décrite ci-dessus est de nature à entraîner une perte de confiance dans nos institutions publiques, à créer la désespérance et à faire naître chez nos concitoyens la tentation de l’autoprotection, tous réflexes qui ne peuvent qu’entraver le nécessaire rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue des 623.000 km2 du territoire de la République Centrafricaine. 

C’est pourquoi, par la présente lettre, nous vous appelons, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale et Monsieur le Premier Ministre, usant de tous les pouvoirs que vous confère la Constitution et agissant solidairement, à prendre de manière urgente et déterminée les mesures qui s’imposent ; des mesures qui visent, d’une part, à informer la Nation des éléments concrets de votre politique de sécurité, aussi bien au plan intérieur qu’extérieur, et, d’autre part, à assurer concrètement la sécurité de la population là où des menaces se présentent et où des attaques sont perpétrées. 

C’est dans cet esprit que nous, citoyens centrafricains réunis dans la plateforme dénommée « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », demandons à ce que soient prises les mesures suivantes, sans préjudice d’autres mesures que vous jugeriez utile d’adopter ou d’actions que vous estimeriez nécessaire d’entreprendre :

Informer la Nation, si nécessaire à travers ses Représentants et sans mettre en cause la confidentialité des données liées à la sécurité nationale, sur :

  • Les actions entreprises en vue de doter la RCA d’une capacité de défense propre, en ce compris les démarches entreprises auprès des partenaires du pays et du Conseil de sécurité, persuadés que nous sommes qu’un soutien franc, déterminé et réellement utile ne peut être espéré que de la part de citoyens convaincus par l’information, et non par la manipulation, de la détermination de leur Gouvernement ;  
  • Un état des lieux concret et quantifié de la répartition des groupes armés sur tout le territoire ;
  • Les mesures militaires concrètes et de sécurité prises lors des attaques qui ont été perpétrées jusqu’à présent, notamment et tout dernièrement à Alindao ou à Batangafo, qu’il s’agisse des mesures touchant au déploiement des FACA/FSI ou des demandes d’intervention de la MINUSCA ;
  • Des mesures prises pour faire la lumière et pour que justice passe sur les massacres évoqués précédemment ;

Prévenir les attaques contre la population civile

  • En mettant en place des dispositifs d’alerte précoce sur toute l’étendue du territoire;
  • En déployant les FACA et les FSI d’ores et déjà formés dans les différentes Préfectures, priorité étant donnée à celles où le risque d’atteinte à la vie des personnes est le plus élevé ; 
  • En coordonnant rigoureusement l’action des FACA et de la MINUSCA ; 
  • En évacuant les populations civiles des zones à haut risque notoire ;
  • En coordonnant la protection des frontières nationales avec les Etats voisins.

Protéger la population civile des attaques,

Secourir les populations éprouvées, en mettant en place :

  • Un fonds d’aide d’urgence pour assister les populations des zones attaquées et subvenir aux besoins élémentaires des personnes déplacées ;
  • Tous autres dispositifs d’assistance humanitaire.

Organiser dans les meilleurs délais la sortie de crise :

  • En convoquant à bref délai, sur le territoire national, le dialogue de sortie de crise prévu sous l’égide de l’Union africaine, les forces politiques du pays et la société civile, en ce compris des représentants des victimes, étant compris parmi les parties audit dialogue ;
  • En s’attelant d’urgence au désarmement et la démobilisation des groupes armés ;
  • En opérationnalisant dans les meilleurs délais la Commission Justice, Vérité, Réconciliation et Réparation.

Adapter la gouvernance aux impératifs de la sécurité des Centrafricains,

  • En sortant le pouvoir de Bangui pour le déployer sur toute l’étendue du territoire ;
  • En mettant en œuvre concrètement le principe de responsabilité politique, qui implique que tout dirigeant qui a manqué gravement à son devoir de protection du peuple centrafricain soit démis de ses fonctions et que tout Gouvernement incapable d’assurer de manière efficace cette protection soit révoqué par le Chef de l’Etat ou censuré par l’Assemblée Nationale, le tout conformément à la Constitution et dans le respect de ses dispositions.

Nous, « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », considérons l’adoption de ces mesures comme nécessaire au rétablissement de la confiance des Centrafricains dans leurs autorités et dans leur gouvernance et, par conséquent, à l’amorce d’une marche véritable vers la paix, le développement de notre pays, la République Centrafricaine, et l’épanouissement du Peuple Centrafricain. .

Dans l’attente de votre réponse et des suites que vous voudrez bien donner à la présente lettre, et en espérant vivement que vous aurez à cœur de rendre concrètes les mesures ici préconisées, nous vous prions, Excellence Monsieur le Président de la République, Très Honorable Président de l’Assemblée Nationale, Excellence Monsieur le Premier ministre, d’agréer l’expression de notre très haute considération.

Pour Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA)

Le Président, 

Jean-François AKANDJI-KOMBE

cdsca236@gmail.com


[1]Source UNHCR

Chaque vie centrafricaine est précieuse quels que soient le lieu, la condition, la fortune ; et chaque citoyen a un droit légitime à réclamer, de ceux qui administrent la nation, sa protection et celle de chacun, ainsi qu’une égale protection pour tous.

Précision. La lettre d’interpellation ci-dessous a été envoyée au Conseil de sécurité ce 13 Décembre 2018, avec l’espoir qu’il en soit tenu compte lors du débat sur le renouvellement du mandat de la MINUSCA qui s’ouvrira dans deux jours, le 15 Décembre, devant cet organe de l’ONU.

CITOYENS DEBOUT ET SOLIDAIRES – CENTRAFRIQUE (CDS-CA)

À l’attention de
Monsieur le Président en exercice du Conseil de Sécurité des Nations Unies
New York
USA

Le 12 Décembre 2018

Objet : Interpellation citoyenne sur la protection des populations civiles en République Centrafricaine

Monsieur le Président,

Prière communiquer aux membres du Conseil de Sécurité la présente interpellation concernant la protection de la population civile en République Centrafricaine contre les attaques et exactions des groupes armés.

Mesdames et Messieurs les Éminents Représentants des États membres du Conseil de Sécurité,

Vous n’êtes pas sans savoir que les attaques des groupes armés contre la population civile se sont multipliées ces derniers mois sur le territoire de la République Centrafricaine, notamment à Batangafo, à Alindao, à Bambari, à Kongbo, à Gbambia, à Koui, pour ne citer que ces villes.

Le scénario est à chaque fois sensiblement le même. Le groupe armé annonce ses objectifs plusieurs jours, voire plusieurs semaines à l’avance, ou effectue des préparatifs militaires de renforcement de ses capacités sur la zone qu’il envisage d’attaquer, dont par exemple l’acheminement de renforts à travers le pays, et ceci sans qu’aucune mesure de dissuasion ne soit prise par la MINUSCA (par ex. mesures d’alerte précoce, patrouilles rapprochées autour des sites etc.). Le jour choisi par le groupe armé, l’attaque est menée, avec pour cible principale un site de personnes déplacées, généralement installé par et auprès des missions catholiques ou évangéliques, et dont on sait qu’il héberge des populations chassées de leurs domiciles et de leurs terres par des attaques précédentes, populations civiles démunies de tout et en situation de précarité absolue ; des attaques qui, à chaque fois, sont d’une violence et d’une bestialité sans pareil : sites brûlés et pillés, personnes de tous âges abattues, égorgées ou brûlées vives, des rescapés traumatisés errant dans les brousses et forêts, exposés aux dangers que peut représenter la nature pour des individus déjà particulièrement vulnérables. Au moment de ces attaques, les contingents de la MINUSCA sur place restent cantonnés à leurs bases sans intervenir, l’argument invoqué étant que le contingent n’est pas attaqué en tant que tel.

Nous constatons qu’il n’est dit nulle part dans la Convention d’engagement que le contingent n’intervient que dans les cas où il est attaqué. Dans certains cas comme celui d’Alindao où l’attaque était le fait de l’UPC commandé par Ali Darassa, le contingent de la MINUSCA, ici le contingent mauritanien, n’intervient que pour faire cesser les attaques des Anti-Balakas (autodéfense autochtone) menées en représailles. À cela s’ajoute le fait que les Forces armées centrafricaines (FACA), dépourvues, selon le gouvernement, de tout moyen de riposte militaire du fait de l’embargo pesant sur le pays, n’ont pas été déployées là où se profilait une menace sur la population civile et, partant, ne sont pas intervenues pour faire cesser les attaques.

Le bilan des attaques de ces dernières semaines est ainsi estimé à plusieurs centaines de personnes tuées, à des dizaines de milliers de personnes déplacées, et à plus d’une dizaine de sites et de villages pillés et rasés, le plus souvent par le feu.

En avril 2014, la Résolution 2149 (2014), portant initialement création de la MINUSCA, fut saluée de toutes parts comme une mesure salvatrice au drame humanitaire et sécuritaire qui se déroulait alors depuis un (1) an en République Centrafricaine. Cette Résolution proclamait, à travers la décision des représentants des Etats membres que vous êtes, une volonté de la communauté internationale d’enrayer une spirale de violence et de venir au secours de populations alors menacées de « génocide ».

Mi-avril 2014, nous comptions nos morts par centaines, les victimes du conflit par milliers, 169 806 Centrafricains réfugiés hors du territoire et 628 500 déplacés internes étaient enregistrés.

Aujourd’hui, nous continuons de compter nos morts par centaines, les victimes par millions, 574 638 Centrafricains réfugiés hors du territoire et 642 842 déplacés internes sont enregistrés.

Si les morts ne parlent pas, les chiffres, eux, le font. Ce qu’ils disent, et que nous soulignons, c’est que, bien que les représentants de la MINUSCA se félicitent régulièrement de leurs actions, jusqu’à ce jour, dans l’ensemble, la présence de cette force n’a nullement contribué à une amélioration de la situation sécuritaire en République Centrafricaine. Et nous – Citoyens Debout et Solidaires-Centrafrique – parlons aujourd’hui également pour ceux d’entre nous qui sont morts et ceux qui sont encore vivants.

Le contexte et le bilan ci-dessus rappelés (sans oublier les autres villes rasées ailleurs dans le pays dans la même passivité), outre qu’ils révoltent la conscience, amènent légitimement à douter que la réelle volonté de la Communauté internationale soit d’aider la République Centrafricaine à sortir de la crise actuelle, que l’objectif de l’action des forces internationales en Centrafrique réunies dans le cadre de la MINUSCA soit véritablement de protéger (la protection est active et non acte passif) les populations civiles, et que l’action visant à faire cesser les violences soit véritablement impartiale à l’égard de tous les groupes armés.

La bienveillance d’une aide ne se proclame pas, elle se démontre par des choix, par des actes et à travers des résultats tangibles qui en fournissent l’évidence. L’aide véritablement bienveillante ne saurait se résumer à des choix conscients de transposer les foyers de violence et de menace des populations d’une localité ou région de Centrafrique à une autre, à des choix délibérés d’abandonner des millions de Centrafricains telle une monnaie d’échange à la merci des groupes armés dans un conflit d’intérêt, à des choix qui, somme toute, en dépit des montants colossaux investis par vos Etats, réduisent l’aide à une mesure d’intervention internationale purement cosmétique et, in fine, immorale.

Le Conseil de Sécurité, responsable des mesures de maintien de la paix et de la sécurité internationale en République Centrafricaine ne saurait, face une telle situation catastrophique, rester inerte, sauf à assumer la lourde responsabilité de voir les populations décider de prendre en charge elles-mêmes leur protection, compromettant par là même le rétablissement de l’autorité de l’État, et sauf à vouloir aboutir à une guerre civile généralisée qui embrase la sous-région. De fait, la nécessité et la légitimité que l’on a reconnues en 2013-2014 à la protection d’une communauté menacée dans sa vie et dans ses biens dans la capitale Bangui vaut aujourd’hui, en l’absence totale de capacité de protection par l’Etat centrafricain, pour la quasi-totalité de la population sur l’ensemble du territoire.

C’est pourquoi, nous, citoyens centrafricains réunis dans la plateforme dénommée « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », appelons par la présente le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations-Unies à prendre de manière urgente et déterminée les mesures qui s’imposent pour que les Résolutions qu’il prend soient véritablement suivies d’effet sur le terrain, notamment en ce qui concerne la protection des populations civiles.

C’est dans cet esprit que nous, citoyens centrafricains réunis dans la plateforme dénommée « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », recommandons au Conseil les mesures suivantes, sans préjudice d’autres mesures qu’il jugerait utile de prendre ou d’actions qu’il estimerait nécessaire d’entreprendre :

  • Clarifier, dans la Résolution renouvelant la MINUSCA, le mandat de celle-ci s’agissant de la protection civile. Le mandat actuel, issu de la Résolution 2387 (2017), est énoncé de la manière suivante : « prendre des mesures actives (…) pour anticiper, écarter et répondre efficacement à toute menace grave ou crédible à l’encontre de la population civile et, à cet égard, améliorer les systèmes d’alerte précoce, tout en maintenant un déploiement préventif et une présence mobile, flexible et robuste, et en organisant des patrouilles actives, en particulier dans les zones à risque ». Bien que ces termes paraissent clairs, les circonstances des attaques rappelées plus haut rendent nécessaires qu’ils soient précisés et, sans doute, qu’ils soient plus détaillés. Car nous constatons que la Convention d’engagement n’a pas été exécutée dans tous les cas évoqués. Nous recommandons, en particulier, que soit inscrites dans le mandat l’action de cantonnement et de désarmement des groupes qui menacent et/ou attaquent la population civile, ainsi que celle d’évacuation des civils des zones rurales notoirement menacées et ciblées.
  • Que soit mentionnée dans la Résolution elle-même l’obligation d’appliquer les mêmes règles d’engagement sur le terrain quel que soit le contingent national considéré ;
  • Que les règles pratiques d’engagement de la MINUSCA mettant en œuvre le mandat fixé par le Conseil de Sécurité soient élaborées par le Conseil lui-même ou validées par lui, qu’elles soient en stricte adéquation avec le mandat figurant dans la Résolution, et que l’application de ces règles d’engagement soit régulièrement contrôlée par le Conseil ;
  • Qu’en cas de manquement aux règles d’engagement ainsi établies, des mesures rigoureuses soient prises à l’égard du contingent concerné, allant jusqu’à son retrait de la MINUSCA et de la République Centrafricaine ;
  • Que le Conseil de sécurité informe le peuple Centrafricain sur les raisons pour lesquelles : 1) l’embargo sur les armes en République Centrafricaine n’est pas levé à ce jour ; 2) le Conseil a opposé un refus à la livraison du reliquat des armes promises par la Russie et à une livraison d’armes par la Chine ; 3) les groupes armés continuent à acquérir des armes librement. Et que, dans le cadre de cette information, le Conseil de Sécurité rende publique les données relatives aux demandes de levée de l’embargo soumises par le Gouvernement centrafricain ou par d’autres pays ;
  • Que l’embargo sur les armes à destination de la République Centrafricaine soit levé immédiatement en prenant les mesures appropriées pour que les armes livrées soient exclusivement et rigoureusement, sous traçabilité, destinées aux FACAS, à la protection du territoire et à la protection des populations.

Telles sont, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Éminents Représentants des États membres du Conseil de Sécurité, les informations, les appréciations et les demandes que nous, citoyens Centrafricains réunis sur la plateforme dénommée « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) », croyons devoir porter à votre attention, pour décisions urgentes à prendre.

Dans l’attente de ces décisions et de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Éminents Représentants, en l’assurance de notre très haute considération.

Pour le collectif « Citoyens Debout et Solidaires – Centrafrique (CDS-CA) »

Le Président de CDS-CA
Jean-François AKANDJI-KOMBE
cdsca236@gmail.com 

Réuni à Paris le samedi 24 novembre 2018, le collectif CITOYENS DEBOUT ET SOLIDAIRES CENTRAFRIQUE (CDS-CA) a fait le point suivant de la situation nationale, avec un accent particulier mis sur les récentes tueries d’Alindao :

Le 15 novembre 2018, la ville d’Alindao enregistrait une attaque de l’UPC d’Ali Darassa contre le camp des réfugiés et personnes déplacées de l’Evêché (site de l’Evêché). Bilan Plus de 100 tués, par balles, couteaux ou brulés vifs, dont deux prêtres, l’Abbé Blaise MADA, vicaire général du diocèse et l’Abbé Célestin NGOUMBANGO, curé de Kongbo, et plus de 20.000 personnes déplacées. La Cathédrale et les locaux de l’Eglise catholique ont par ailleurs été incendiés. Des massacres ont eu lieu aussi dans d’autres villes et villages de la Basse Kotto, tels que Kongbo et Mingala. A l’heure actuelle toute la Basse-Kotto, et même au-delà, est à la merci des mercenaires et milices armées de l’UPC. 

Ces exactions ne sont pas isolées. Elles sont à ajouter à la longue liste d’exactions des groupes armés dont, en particulier, ceux de l’UPC dans toute la Région n° 6 depuis plus d’un an, avec une concentration particulière dans la Basse-Kotto, d’Alindao à Mobaye et à Kembé en passant par Kongbo, et de Mingala à Satéma. Et ce depuis que le QG de l’UPC a été transféré par le Gouvernement et la MINUSCA de la Ouaka (Bambari) à la Basse Kotto, précisément à Gbokorobo. 

Ces exactions dépassent le seul périmètre de la Région n° 6. A l’heure actuelle, subissent le même sort des compatriotes de la Ouaka, notamment à Bambari, de l’Ouham Pendé, notamment à Batangafo, de la Mambéré Kadéi, notamment à Gbambia, etc.

En ce qui concerne les massacres du 15 novembre 2018 à Alindao et environs, il convient de noter par ailleurs, principalement :

  • Que cette date coïncide curieusement avec celles du report, au Conseil de sécurité, de l’adoption de la Résolution fixant mandat de la MINUSCA pour un an et avec une intervention du Président soudanais Omar El Béchir critiquant ceux qui chercheraient à nuire aux initiatives de paix conduites par son pays (voir une publication de Clotaire Saulet Surungba) ;
  • Que les attaques de l’UPC dans la Basse-Kotto étaient prévisibles pour tous compte tenu des vidéos publiées par les membres mêmes de l’UPC faisant état d’une mobilisation particulière, des objectifs à atteindre et des itinéraires que les renforts comptaient prendre pour arriver en Basse-Kotto, spécialement à Alindao.
  • Que c’est une certitude aujourd’hui, confirmée par le Premier ministre S.M. Sarandji devant l’Assemblée Nationale, que les autorités de l’Etat avaient été informées en temps utile de l’attaque en préparation, de même que la MINUSCA ; certitude aussi qu’aucun élément des FACA n’a été dépêché sur place, ni aucun renfort de la MINUSCA en temps utile ; 
  • Que les personnels de toutes les ONG intervenant à Alindao ont été évacués sur Bangui ; 
  • Que lors de l’attaque d’Alindao, les 40 hommes du contingent de la MINUSCA, n’ont rien fait pour protéger les populations civiles visées (voir à ce propos le témoignage de Mgr AGUIRRE, Evêque de Bangassou) ; 
  • Qu’après l’attaque, la réaction des autorités gouvernementales a été : dans un premier temps une intervention du porte-parole KAZAGUI très neutre et mettant en doute certains éléments telle que la mort de l’Abbé Mada ; puis le silence ; puis, enfin, le 20 novembre la publication d’un décret décidant un deuil national pour les victimes des tueries d’Alindao.
  • Qu’une interpellation du Gouvernement par l’Assemblée Nationale a eu lieu ce 21 novembre sur les tueries d’Alindao et environs ; on note au sortir de cette interpellation : une absence d’engagement fort et pertinent des élus de la Basse-Kotto ; l’absence d’information claire sur les mesures précises prises par le Gouvernement, le premier ministre s’étant limité à fustiger la MINUSCA et la France, l’absence de mesures concrètes prises pour éviter que le même drame se reproduise dans l’avenir.
  • Que ce 19 novembre, le Cardinal Nzapalainga s’est rendu avec une délégation à Alindao, où il a pris la mesure du drame avec Mgr Yapaupa et les quelques religieux qui ont choisi de rester sur place, et où il s’est entretenu avec le commandement de l’UPC, sans que l’on connaisse encore le contenu de ces échanges ; noter que le Cardinal a été bloqué à Alindao par des attaques ciblées et répétées sur l’Evêché ; il a pu regagner Bangui hier 23 novembre.
  • Que néanmoins, depuis ce 22 novembre (hier), les personnes déplacées commencent à revenir dans la ville, sur le site de l’Evêché.
  • Que ce 23 novembre, les Députés ont publié une interpellation ; à noter que l’interpellation est adressée aux membres du Conseil de sécurité, demandant la levée totale de l’embargo sur les armes, le renouvellement sans condition du mandat de la MINUSCA et exprimant l’appui à l’initiative africaine de paix ; à noter cependant que ce document n’en appelle nullement à ce que le Gouvernement, responsable en premier de la protection de nos populations, prenne les mesures que lui permettent les moyens dont il dispose d’ores et déjà.

Face à cette situation, le collectif CITOYENS DEBOUT ET SOLIDAIRES CENTRAFRIQUE a décidé :

  • De procéder à une collecte de fonds pour contribuer à l’aide humanitaire d’urgence ;
  • D’interpeler le Conseil de sécurité sur la responsabilité de la MINUSCA et le Gouvernement centrafricain sur sa propre responsabilité ;
  • D’engager les procédures juridiques et judiciaires appropriées pour que justice soit rendue aux victimes ;
  • De créer, sur internet, un espace mémoriel dédié aux villes et villages martyrs de Centrafrique ainsi qu’aux victimes innocentes des massacres répétitifs ;
  • De se réunir rapidement pour décider d’actions durables dans nos territoires. 

CITOYENS DEBOUT ET SOLIDAIRES – CENTRAFRIQUE (CDS-CA)

*Je suis solidaire : je contribue à la collecte de fonds.

**Lire le compte rendu de la réunion du 24 novembre 2018.

Le samedi 24 novembre 2018, s’est tenue à la Bourse du travail de Paris, une réunion en réaction aux tueries d’Alindao et dans plusieurs régions de  la République centrafricaine.

Etaient présents : AKANDJI-KOMBE Jean-François, BEDAN Gisèle, BISSENGUE Victor, DROILLARD Danielle, GANDOLA Laurent, KIMATA Régis, KONGBRE Gaston, KOTRO Salomon, MAGEOT Manöel, MONTAIGNE Antoinette, NDECKERE-ZIANGBA François, NDEMA Joseph, NGOUBANGO Clotaire, PASSEMA ENDJIAGO François, SAULET SURUNGBA Clotaire.

Se sont excusés : MESCHEBA Junior, ZAMETO Faustin.

Ont contribué à cette réunion sans être présents, en formulant des propositions qui ont été débattues : GUIANISSIO Guillaume Dominique, KAPAYO René et ZAMETO Faustin.

Les participants ont été informés du fait que se tient en même temps, à Bangui, une réunion des ressortissants d’Alindao, organisée par M. Arnaud YALIKI.

L’ordre du jour de la réunion était le suivant :

  1. Point de situation
  2. Tour de table (présentation et déclarations)
  3. Actions
  4. Organisation et structuration de l’action 
  5. Divers

1. POINT DE SITUATION 

Jean-François AKANDJI-KOMBE, en tant que Président de séance, a fait un point de la situation, comme suit. Ce point a donné lieu à approbation générale :

Le 15 novembre 2018, la ville d’Alindao enregistrait une attaque de l’UPC d’Ali Darassa contre le camp des réfugiés et personnes déplacées de l’Evêché (site de l’Evêché). Bilan Plus de 100 tués, par balles, couteaux ou brulés vifs, dont deux prêtres, l’Abbé Blaise MADA, vicaire général du diocèse et l’Abbé Célestin NGOUMBANGO, curé de Kongbo, et plus de 20.000 personnes déplacées. La Cathédrale et les locaux de l’Eglise catholique ont par ailleurs été incendiés. Des massacres ont eu lieu aussi dans d’autres villes et villages de la Basse Kotto, tels que Kongbo et Mingala. A l’heure actuelle toute la Basse-Kotto, et même au-delà, est à la merci des mercenaires et milices armées de l’UPC. 

Ces exactions ne sont pas isolées. Elles sont à ajouter à la longue liste d’exactions des groupes armés dont, en particulier, ceux de l’UPC dans toute la Région n° 6 depuis plus d’un an, avec une concentration particulière dans la Basse-Kotto, d’Alindao à Mobaye et à Kembé en passant par Kongbo, et de Mingala à Satéma. Et ce depuis que le QG de l’UPC a été transféré par le Gouvernement et la MINUSCA de la Ouaka (Bambari) à la Basse Kotto, précisément à Gbokorobo. 

Il faut aussi souligner que ces exactions dépassent le seul périmètre de la Région n° 6. A l’heure actuelle, subissent le même sort des compatriotes de la Ouaka, notamment à Bambari, de l’Ouham Pendé, notamment à Batangafo, de la Mambéré Kadéi, notamment à Gbambia, etc.

En ce qui concerne les massacres du 15 novembre 2018 à Alindao et environs, il convient de noter par ailleurs, principalement :

  • Que cette date coïncide curieusement avec celles du report, au Conseil de sécurité, de l’adoption de la Résolution fixant mandat de la MINUSCA pour un an et avec une intervention du Président soudanais Omar El Béchir critiquant ceux qui chercheraient à nuire aux initiatives de paix conduites par son pays (voir une publication de Clotaire Saulet Surungba) ;
  • Que les attaques de l’UPC dans la Basse-Kotto étaient prévisibles pour tous compte tenu des vidéos publiées par les membres mêmes de l’UPC faisant état d’une mobilisation particulière, des objectifs à atteindre et des itinéraires que les renforts comptaient prendre pour arriver en Basse-Kotto, spécialement à Alindao.
  • Que c’est une certitude aujourd’hui, confirmée par le Premier ministre S.M. Sarandji devant l’Assemblée Nationale, que les autorités de l’Etat avaient été informées en temps utile de l’attaque en préparation, de même que la MINUSCA ; certitude aussi qu’aucun élément des FACA n’a été dépêché sur place, ni aucun renfort de la MINUSCA en temps utile ; 
  • Que les personnels de toutes les ONG intervenant à Alindao ont été évacués sur Bangui ; 
  • Que lors de l’attaque d’Alindao, les 40 hommes du contingent de la MINUSCA, n’ont rien fait pour protéger les populations civiles visées (voir à ce propos le témoignage de Mgr AGUIRRE, Evêque de Bangassou) ;
  • Qu’après l’attaque, la réaction des autorités gouvernementales a été : dans un premier temps une intervention du porte-parole KAZAGUI très neutre et mettant en doute certains éléments telle que la mort de l’Abbé Mada ; puis le silence ; puis, enfin, le 20 novembre la publication d’un décret décidant un deuil national pour les victimes des tueries d’Alindao.
  • Qu’une interpellation du Gouvernement par l’Assemblée Nationale a eu lieu ce 21 novembre sur les tueries d’Alindao et environs ; on note au sortir de cette interpellation : une absence d’engagement fort et pertinent des élus de la Basse-Kotto ; l’absence d’information claire sur les mesures précises prises par le Gouvernement, le premier ministre s’étant limité à fustiger la MINUSCA et la France, l’absence de mesures concrètes prises pour éviter que le même drame se reproduise dans l’avenir.
  • Que ce 19 novembre, le Cardinal Nzapalainga s’est rendu avec une délégation à Alindao, où il a pris la mesure du drame avec Mgr Yapaupa et les quelques religieux qui ont choisi de rester sur place, et où il s’est entretenu avec le commandement de l’UPC, sans que l’on connaisse encore le contenu de ces échanges ; noter que le Cardinal a été bloqué à Alindao par des attaques ciblées et répétées sur l’Evêché ; il a pu regagner Bangui hier 23 novembre.
  • Que néanmoins, depuis ce 22 novembre (hier), les personnes déplacées commencent à revenir dans la ville, sur le site de l’Evêché.
  • Que ce 23 novembre, les Députés ont publié une interpellation ; à noter que l’interpellation est adressée aux membres du Conseil de sécurité, demandant la levée totale de l’embargo sur les armes, le renouvellement sans condition du mandat de la MINUSCA et exprimant l’appui à l’initiative africaine de paix ; à noter cependant que ce document n’en appelle nullement à ce que le Gouvernement, responsable en premier de la protection de nos populations, prenne les mesures que lui permettent les moyens dont il dispose d’ores et déjà.

2. TOUR DE TABLE ET DÉCLARATIONS GÉNÉRALES  

Il est procédé à un tour de table lors duquel chaque participant s’est présenté et a exprimé ses préoccupations. Dans ce cadre, les participants ont insisté sur le fait que :

  • les évènements qui endeuillent le pays concernent tout centrafricain et appellent une réaction patriotique ; 
  • la réunion est une réunion de citoyens centrafricains, sans considération d’origine ou de région ;
  • il faut se concentrer sur les actions concrètes, et envisager des actions durables. 
  • les propositions et échanges doivent se faire sans tabou.

3. ACTIONS 

En réponse à la situation, les actions suivantes ont été retenues :

URGENCE – HUMANITAIRE. Il a été décidé de réactiver la cagnotte lancée il y a un an pour Alindao. Il s’agit d’une cagnotte virtuelle, sur internet, dans laquelle toute personne peut verser la somme qu’elle souhaite. Le lancement de la nouvelle cagnotte aura lieu prochainement.

INTERPELLATIONS. Il a été décidé :

  • d’interpeller le Conseil de Sécurité en ce qui concerne le mandat de la MINUSCA et l’absence de protection de la population civile de la part de certains contingents de cette MINUSCA ;
  • D’interpeller le gouvernement et les institutions nationales sur les manquements à leur devoir de protection ;
  • D’engager différentes actions juridiques et judiciaires, aux plans national et international, afin que soit rendue justice aux victimes.

MÉMOIRE : Il a été décidé de créer sur internet (site Citoyens Debout & Solidaires Centrafrique) un espace mémoriel pour les villes et villages martyrs de Centrafrique ainsi que pour les victimes des massacres, espace où figureront des photos et des témoignages.

ACTIONS DURABLES SUR LE TERRAIN : Il a été décidé de se réunir à nouveau pour envisager les actions durables dans nos régions, actions considérées comme très importantes par les participants à la réunion.

PLAIDOYER (INTERNATIONAL) : Il a été décidé de préparer et de mener des campagnes de plaidoyer pour faire connaître la situation réelle du pays et le sort des victimes de la crise ; un plaidoyer à mener à l’international, auprès des autorités publiques mais aussi des populations-citoyens.

COMMUNICATION : Prenant acte qu’il existe d’ores et déjà un site internet et une page Facebook comme support de l’initiative, il est convenu d’enrichir celui-ci ; à noter que ce site internet a vocation à couvrir l’ensemble du territoire de la RCA.

4. ORGANISATION, STRUCTURATION DE L’ACTION 

Pour mener ces différentes actions, il a été décidé, à l’unanimité, de mettre en place une structure, en la forme d’une association, dénommée « CITOYENS DEBOUT ET SOLIDAIRES – CENTRAFRIQUE » (CDS-CA).

Le Bureau de l’Association a été mis en place, composé des personnes suivantes, élues à l’unanimité :

  • Président : Jean-François AKANDJI-KOMBÉ
  • Secrétaire Générale : Gisèle BEDAN
  • Trésorière Générale : Danielle DROILLARD

Les statuts de l’Association seront déposés auprès de la Préfecture de police de Paris au plus vite.

5. DIVERS 

Il a été décidé que des Commissions ou groupes de travail seront mis en place dans les meilleurs délais, lors d’une prochaine réunion, et qu’il conviendrait pour ces groupes de travail de permettre la participation la plus large possible, par exemple à travers des groupes Messenger ou WhatsApp.

*****

VIDÉO

 

 

VIDÉO

VIDÉO